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LE COURT COMME MOYEN D'INTERVENTION SOCIALE
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Comment le processus de création, de réalisation et/ou de diffusion de courts métrages peut aider des individus qui subissent l'exclusion sociale à cause de problèmes de négligence familiale, de santé mentale, de pauvreté... à retrouver un sentiment d’appartenance, une estime de soi? Quelles sont les forces et les limites de ce médium lorsqu'utilisé dans un contexte d'intervention sociale (les pièges à éviter) ou autres? Comment favoriser la prise de parole tout au long du processus de création dans un contexte d'insertion?
Voici quelques organismes qui se sont penchés sur ces questions : Wapikoni Mobile (ONF), le Groupe l’Itinéraire, La Réplique, Parole citoyenne (ONF) et Homeless Nation (ONF). À l’ère d’Internet où les jeunes sont friands d’audiovisuel, découvrons les belles initiatives que ces organismes ont su développer permettant ainsi à plusieurs jeunes et moins jeunes, vivant des problématiques particulières, de réaliser et tourner des courts métrages représentatifs de leurs intérêts, des témoignages de leur réalité. Cette rencontre pose la question de la pertinence et de l’efficacité du court métrage comme moyen d’intervention sociale.
Les travailleurs sociaux, étudiants en travail social, psychologie, les citoyens engagés et les cinéastes sont invités à venir discuter avec ces panélistes. La psychoéducatrice, Élyse Benoît (cofondatrice de La Réplique) animera ce forum.
Inês Lopes, Wapikoni Mobile
Sylvain Grenier, Le Groupe l’Itinéraire
Élyse Benoît, La Réplique
Frédéric Dubois, Parole citoyenne
Anya Bird, Homeless Nation
Inês Lopes, Wapikoni mobile
Éducation, intervention, documentaire, environnement, société…ainsi se définit-elle en cinq mots-clés. Inês Lopes détient un doctorat en psychologie de l’éducation de l’UQAM. C’est aussi au sein de cette université qu’elle a initié en 2005, le ciné-club engagé Cinéma Politica-UQAM. Elle anime aussi des ateliers scolaires via le documentaire et le court métrage, par exemple dans le cadre du CinéJeunesse de la Semaine d’actions contre le racisme. Elle a co-réalisé une vidéo de sensibilisation communautaire au décrochage scolaire auprès de la communauté portugaise de Montréal et co-réalise actuellement un documentaire sur l’art engagé en tant que véhicule de messages environnementaux.
L’été dernier, elle partait avec le Wapikoni mobile dans la réserve de Manawan. C’est surtout de cette dernière expérience qu’elle vient aujourd’hui nous parler. Inês croit énormément au potentiel de changement social que peuvent détenir le documentaire et le court métrage en tant qu’outils d’intervention, d’éducation, d’engagement…et toute combinaison de ceux-ci
Le Wapikoni mobile c’est quoi ?
Le Wapikoni mobile est un studio ambulant de création vidéo et musicale destiné aux jeunes des communautés autochtones. Le projet les encourage à explorer leur potentiel et à s’exprimer sur des sujets qui leur tiennent à cœur. Il vise en outre à faciliter des collaborations, à provoquer la réflexion et le dialogue intra et inter communautés, puis à faire tomber les préjugés. Ainsi, le projet permet d’abord de se découvrir, puis de se dévoiler.
« Apprendre en faisant » résume la base de la pédagogie du Wapikoni mobile. Les jeunes suivent des formations pratiques sur le terrain. Celles-ci couvrent autant l’écriture du scénario et la réalisation que les aspects plus techniques de la caméra, de la prise de son et du montage. Ces apprentissages sont encadrés par de jeunes cinéastes professionnels.
L’expérience est également formatrice sur d’autres plans; elle encourage notamment la créativité, la réflexion, la responsabilité et la persévérance. Le Wapikoni répond aux besoins qu’ont les jeunes de s’exprimer et d’avoir des projets. Pour plusieurs, il s’agit d’une première expérience de réalisation d’un court métrage. Ils ont alors l’occasion de se découvrir de nouveaux talents.
Les thématiques sur lesquelles ils décident de s’exprimer sont diverses : les relations, le suicide, l’environnement, la consommation d’alcool ou de drogues, la violence, la culture, les traditions, l’identité… Le Wapikoni mobile encourage surtout la création de courts métrages documentaires, mais soutient les jeunes dans leurs choix de réalisation de fictions ou de vidéoclips. Parfois, c’est lorsque quelqu’un d’autres croit en leur idée qu’ils y croient aussi. Une fois leurs projets menés à terme, la pédagogie du succès amènera valorisation, confiance en soi et ouvrira souvent sur d’autres projets.
Par la suite, lorsque leurs films seront diffusés dans leur communauté, dans d’autres communautés autochtones et non autochtones, l’éducation et la sensibilisation se poursuivront. Cette diffusion vise une promotion de la culture autochtone, une meilleure compréhension et un respect mutuel entre communautés. Et surtout vise à faire tomber les préjugés.
Sylvain Grenier, Le Groupe l’Itinéraire Le 3e Œil
Sylvain Grenier co-fonde, pendant son baccalauréat en 2004, le mouvement 3REG. Ce collectif de vidéastes et d’artistes multidisciplinaires est bien connu à Saguenay. En 2006, de retour dans son patelin (Montréal), son chemin croise celui du groupe L’itinéraire, groupe communautaire où il y devient pigiste pour la division jeunesse, Le 3e Œil. Depuis 2007, il est coordonnateur de production du 3e Œil où il a le mandat de produire de 3 à 6 heures de vidéo originale par année avec l’aide de jeunes de la rue entre 18 et 35 ans. Les films sont ensuite diffusés dans le MagDVD Le 3e Œil, sur Internet ainsi qu’à la télévision communautaire du quartier.
Le groupe L’Itinéraire (Le 3e Œil) c’est quoi ?
C’est un programme d’insertion sociale pour les jeunes de 18 à 35 ans. Le 3e Œil se veut une tribune d’expression pour les jeunes qui sont davantage imprégnés d’une culture du son et de l’image. Ils y présentent leur vision sur la culture émergente, la réalité de la rue et la prévention de la toxicomanie.
Le MagDVD 3e Œil paraît 4 fois l’an. Il est le « petit frère » du journal L’Itinéraire qui est une tribune pour les gens de la rue depuis 14 ans. Il est distribué dans la rue partout au centre-ville de Montréal et par Internet à plus de 3 000 exemplaires.
À l’instar de L’Itinéraire, le 3e Œil a un mandat de réinsertion sociale. Ainsi, l’équipe du MagDVD se compose de jeunes marginalisés ou venant de la rue, encadrés par des professionnels des nouveaux médias et de la vidéo. Faire de la vidéo (et du court métrage) est un prétexte afin de faire du renforcement positif auprès des jeunes marginalisés qui ont perdu espoir de s’épanouir dans la société. C’est également une bonne façon de les mettre en confiance avec l’autorité et de leur donner une bonne base pour avancer dans la vie afin de retourner sur les bancs d’école ou sur le marché du travail.
Animatrice
Élyse Benoît, La Réplique
Psychoéducatrice de formation, elle a co-fondé en 1982 le Boulot Vers, une des premières entreprises d'insertion au Québec. Pendant 15 ans, elle développe divers projets dans le domaine de l’insertion, complète une maîtrise en psychoéduction et participe à des recherches visant à établir des indicateurs de réussite et d’échecs dans les mesures d’insertion. Elle découvre que 20 à 30 % des jeunes vivent des échecs répétés suite à ces mesures. Elle cible le médium de la création cinématographique comme levier d’insertion pour ces jeunes qui ne s’identifient pas aux critères de réussites sociales prescrites.
Ce qui l’amène en 1998 à co-fonder La Réplique avec le cinéaste Marcel Simard (Des Productions Virage : Love moi, Le grand monde, Les mots perdus...) afin de créer une alternative pour ces jeunes désengagés, généralement aux prises avec des problèmes de santé mentale.
La Réplique c’est quoi ?
Les activités de La Réplique se sont déroulées de 1999 à 2007. La Réplique est une entreprise à vocation sociale visant à stimuler et soutenir la réussite de « projets de vie » chez de jeunes adultes qui rencontrent des difficultés importantes dans leurs tentatives d’insertion (problème d'exclusion et santé mentale). Il s’agit de jeunes adultes de 18 à 30 ans qui se sont désengagé du système scolaire et social, malgré leur potentiel de réussite. La majorité d’entre eux ont effectué divers stages de travail et de formation sans toutefois parvenir à concrétiser un projet professionnel.
La Réplique leur proposait donc un stage de travail dans le domaine de la scénarisation cinématographique et de l’animation communautaire. Ce stage leur permet de mettre en œuvre leurs aptitudes créatrices et leur besoin d’action sociale, particulièrement auprès de leurs pairs.
Projet pilote, La Réplique est une recherche-action qui ouvre la voie en matière de développement d’alternatives s’adressant à des jeunes adultes marginalisés. Un rapport de recherche réalisé par l'INRS-culture et société a été déposé en 2003. Les conclusions des plus positives ont permis à plusieurs organismes de s'en inspirer.
Au total, La Réplique a permis de produire trois courts métrages de fiction sur la marginalité co-réalisé avec Marcel Simard et par la suite trois documentaires ; «Créateurs Atypiques», «Mâle Aimé» et «Père pas le fil». Tous ces films ont été diffusés en salle soit au Club Soda, au théâtre Corona et au Cinéma Beaubien. Les premières ont été précédées de prestations artistiques créées par les jeunes. La majorité de ces jeunes ont réussi à mettre de l'avant un projet de vie en redonnant un sens à leur avenir.
Frédéric Dubois, Parole Citoyenne
Frédéric Dubois est chargé de projet de Parole Citoyenne depuis septembre 2008. Il est reporter et a travaillé à l'Association pour le progrès des communications (APC). Il a co-dirigé deux ouvrages sur les médias et le journalisme (Médias autonomes, LUX Éditeur, 2006 et EXTRACTION!, Cumulus Press, 2007). Il vit à Montréal. Frédéric a collaboré à divers médias indépendants. Il a aussi co-réalisé le projet Patagoniabolivia.net en 2003.
Parole citoyenne c’est quoi?
Parole citoyenne est un média citoyen accessible et participatif, une plateforme au carrefour des cinéastes engagés et des mouvements sociaux, un lieu de mise en valeur des contenus culturels, sociaux et politiques produits par l’ONF (http://citoyen.onf.ca). Balado-diffusion, dossiers multimédias et blogues animent Parole Citoyenne depuis 2003. Leur slogan? Oser le ton!
Le court métrage est au centre de Parole citoyenne. "Le court est la locomotive qui détermine la plateforme Web", explique Frédéric Dubois. Il est au coeur des dossiers multimédias et le véhicule de prédilection pour les enjeux sociaux d'aujourd'hui. Les courts métrages réalisés par des cinéastes engagés, et diffusés sur Parole citoyenne, donnent un point de vue d'auteur à une démarche fondamentalement humaine sur des questions sociales. Ils sont rediffusés en « streaming » dans des écoles, groupes populaires et ONG, dans des soirées cinéma à la maison ou au travail.
Anya Bird, Homeless Nation
Anya a une connaissance intime de la vie dans la rue et comprend les réalités auxquelles font face les sans-abris. À travers les années, elle a travaillé comme cuisinière de carnaval, costumière et technicienne de scène, pour enfin se concentrer sur sa passion, le cinéma. Avec le projet Télé Sans Frontières, elle réalise ses premiers courts métrages et reçoit une solide formation pratique en caméra et en prise de son. Ses films seront projetés à travers le Canada et en France et diffusés par Télé-Québec, l'ONF, et la Cinémathèque Québécoise en plus de nombreuses présentations underground à travers le Québec. Elle se tourne ensuite vers la communauté des jeunes de la rue en travaillant avec le Collectif des Pairs-Aidants à Montréal. Elle s'implique alors dans le travail de prévention et de réduction des méfaits avec l'Organisme Stella, qui oeuvre auprès des travailleuses du sexe. Aujourd'hui, elle travaille avec Homeless Nation dans un projet qui combine ses passions pour « l'empowerment » des jeunes de la rue et des populations marginalisées grâce au cinéma et au court métrage.
Homeless Nation c’est quoi?
Homeless Nation est une initiative à but non lucratif fondé par Daniel Cross, cinéaste engagé dont les films traitent de la question des sans-abri au Canada. Avec ses films "The Street" et "S.P.I.T. - Squeegee Punks In Traffic", des centaines de sans-abri montréalais ont partagé leur histoire. Il a donc conçu une plateforme pour préserver ces histoires, une communauté réelle et virtuelle où les sans-abri peuvent s'exprimer librement. Homeless Nation leur permet de partager leur point de vue en leur donnant accès aux outils de production multimédia. Le projet encourage un dialogue continu, stimule la conscientisation et le changement social. En 2006, avec l'aide des collaborateurs Mila Aung-Thwin, Brett Gaylor et Anuj Khosla, www.homelessnation.org voit le jour. Notre site web est un projet continu, un endroit pour le partage et l'apprentissage...pour découvrir les nouveaux médias...un point de rencontre pour retrouver des amis de longues dates...pour se renseigner sur les ressources disponibles : les refuges, les banques d’aliments, l’assurance médicale, l’aide juridique.
Les intervenants de Homeless Nation travaillent de plusieurs manières avec la communauté sans-abri à travers le Canada. Ils oeuvrent dans les refuges, les "squats", les événements communautaires, dans la rue et en ligne. Leur mission est de rendre accessible aux sans-abri du Canada les outils de production multimédia, d'apprentissage et de communication. Nos intervenants encouragent et facilitent la création de témoignages vidéo, audio ou écrits. Nous fournissons également de l’entraînement pour utiliser les ordinateurs et l’Internet.
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